Dans Titeuf, Zep a parlé de la découverte de la sexualité telle que les enfants l'imaginent. Dans Happy Sex, il a abordé le sujet du point de vue des adultes. Dans Happy Girls, c'est le regard d'un adolescent qu'il adopte, avec tout ce que cela comporte de fantasmes, frustrations et expériences inédites... Or quel que soit l'âge, la vérité reste toujours la même : la drague c'est pas facile et le sexe c'est compliqué... mais sous l'oeil avisé et amusé de Zep, c'est très très drôle !

Votre adolescence a-t-elle été une expérience joyeuse ou douloureuse ?
Zep : (Rires). Euh... Pas super joyeuse mais pas douloureuse non plus ! Elle est assez proche de celle du personnage de Happy Girls. Je suis entré au lycée à 12 ans. C'était un âge où je préférais jouer avec mes Big Jim, mes petites voitures et mes copains alors que les filles de 12 ans étaient toutes super branchées. Elles pensaient déjà à sortir avec des garçons, à rouler des pelles et à avoir une première expérience sexuelle. Évidemment, elles ne sortaient qu'avec des mecs des classes supérieures. Mes potes et moi étions considérés comme des bébés absolus. Mes trois années de lycée ont été un peu pénibles sur ce plan-là. Avec mes copains, on a essayé de remonter la pente mais on n'a jamais vraiment réussi à rattraper l'avance des filles. Elles étaient beaucoup plus matures que nous.

Quand vous étiez adolescent, qu'avez-vous fait de plus fou pour séduire une fille ?
J'avais 15 ans. J'étais assez timide et je ne savais pas trop ce qu'il fallait faire pour plaire à une fille, donc je fonctionnais au défi. Pour moi les filles, c'était un continent inconnu. Je me disais : « tu n'oseras sûrement pas faire ça ! », alors par défi, je le faisais. Un jour, j'ai croisé une fille dans le bus qui me plaisait ; je l'ai suivie pour voir où elle habitait. Le jour suivant, je suis allé sonner chez elle et quand elle a ouvert la porte, je lui ai dit que je la trouvais jolie. Elle m'a invité à boire un verre chez elle. C'était très sympa jusqu'à... ce que son copain débarque et ne comprenne pas très bien ce que je faisais là... (Rires).


À votre sens, qu'est-ce qui est le plus difficile à vivre pour les adolescents dans leurs relations garçons/filles ?
Je pense qu'aujourd'hui, les jeunes communiquent beaucoup plus entre eux grâce aux chats sur Internet. Ils posent des questions de façon anonyme. C'est plus détendu. Nous, nous étions plus embarrassés. La seule connaissance que nous avions des filles, c'était au coeur de discussions entre garçons et vice versa... À chaque fois, on était assez loin de la réalité. Peut-être qu'aujourd'hui les jeunes ont une meilleure connaissance les uns des autres. Ce qui reste difficile à l'adolescence, c'est que l'on a un esprit d'enfant avec une envie très forte d'être adulte. Et on se trimballe un corps qui n'est pas super raccord avec ce que l'on a en tête. Comme un déguisement mal ajusté !


Si vous redeveniez adolescent aujourd'hui doté de votre expérience d'adulte, quelles erreurs ne commettriez-vous plus ?
Déjà, je me raserais la moustache naissante car je ne suis pas sûr que ce soit top séduction ! Même si mon expérience d'homme pouvait rendre les choses plus faciles, je me cognerais encore mon corps d'ado et je serais aussi embarrassé qu'à l'époque. Je ne savais pas bouger. Dans ma tête je faisais toujours 1,60 m alors que je faisais déjà 1,75 m. J'étais assez maladroit. Quand je voulais m'approcher d'une fille, je me cognais partout, j'avais le sentiment d'avoir de grands pieds. Je n'étais pas à l'aise.

En fait, Robert c'est vous ?
Pas du tout ! (Rires). Bon... Il y a certaines histoires qui sont à 100% autobiographiques et d'autres qui sont romancées. Quand j'ai fait le bouquin, j'ai demandé à plein de copains et copines de me raconter des anecdotes sur leurs premières expériences d'adolescents. Et j'ai eu... très très très peu de réponses ou alors des réponses complètement idéalisées, retravaillées avec le temps. C'est à ce moment-là que j'ai compris que je ne pouvais compter que sur moi pour faire cet album.

Vous avez exploré l'idée de la sexualité dans la tête des enfants avec Titeuf, décomplexé celle des adultes dans Happy Sex, effleuré celles des ados dans Happy Girls, avez-vous encore des cartouches pour nous faire rire autour de ce thème universel ?
Pour le moment, non. Mais je pense que je ferai quelque chose sur la gérontologie. Je n'ai pas encore beaucoup de matériel, mais ça va venir ! (Rires). Autrement, la sexualité est un sujet qui m'intéresse plus que le foot ou... les pirates ! Je raconte ma vie dans mes albums. Les relations humaines font partie de mon quotidien. En tant qu'auteur de bandes dessinées, je ne peux pas raconter ma vie sociale dans un bureau. Le plus fort dans mon aventure humaine, ce sont les histoires entre les filles et les garçons. Et c'est aussi ce qui m'intéresse le plus.
J'avais beaucoup d'histoires à raconter autour de la curiosité sexuelle de Titeuf. Certaines s'intégraient clairement dans la puberté, comme la masturbation ou la première expérience sexuelle. Et faire basculer Titeuf dans l'adolescence, ça ne marchait pas. Avec l'arrivée des hormones, il n'y a plus qu'un seul sujet qui fascine les ados. Ça efface tout le reste. Je voulais y aller à fond sur ce sujet avec un personnage qui lui soit dédié.
Voilà le point de départ de Happy Girls.

  © Zep 2010 © Editions Delcourt
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